- Embrasse moi, Jacob!
__Sous la surprise, il écarquilla les yeux. Très vite, l'étonnement le céda à la suspition.
- Tu n'es pas sérieuse?
- Embrasse moi Jacob. Embrasse moi et reviens moi.
__Il hésita. Il commença s'éloigner, se ravisa, fit un pas incertain dans ma direction, puis un second. Il posa sur moi un regard interrogateur que je soutins. Il se balança sur ses talons et, soudain, plongea vers moi, me rejoignit en trois enjambées. Ayant deviné qu'il tirerait avantage de la situation, je ne bronchai pas, paupières closes, poings serrés. Ses mains se refermèrent autour de mes joues, et ses lèvres trouvèrent les miennes avec une soif proche du désespoir.
__Je sentis sa colère lorsque sa bouche se heurta à ma résistance passive. Une de ses paumes se plaqua sur ma nuque, agrippant la racine de mes cheveux, tandis que l'autre, posée sur mon épaule, me collait à lui. Elle descendit le long de mon bras, saisit mon poignet qu'elle plaça autour de son cou. Je l'y laissai, poig toujours fermé, ignorant jusqu'où mon envie folle de le garder en vivant était susceptible de me mener. Pendant ce temps-là, ses lèvres, incroyablement douces et chaudes cherchaient à m'arracher une réaction.
__Dès qu'il fut certain que je ne lâcherais pas, il libéra mon poignet, et sa main tâtonna en direction de ma hanche, puis glissa sur mes reins et me serra avec un force inouïe contre lui, me cassant en deux. Sa bouche abandonna le combat un instant, même si je devinai qu'il n'en avait pas fini avec moi. Elle suivit le contour de ma machoire puis explora le creux de mon cou. Il lâcha mes cheveux, positionna d'office mon deuxième bras près du premier - autour de sa nuque. Il emprisonna ma taille, ses lèvres frôlèrent mon oreille.
- Tu peux faire mieux que ça, Bella, murmura-t-il d'une foix rauque. Tu réfléchis trop.
__Je frissonnai lirque que ses dents agacèrent mon lobe.
- Ouin marmonna-t-il. Une fois, rien qu'une fois dans ta vie, lasse toi aller.
__Instinctivement, je secouai la tête. D'une main ferme, il arrêta mon geste. Sa voix se fit acide.
- Es-tu vraiment sûre de ne pas préférer que je meure?
__Je me cabrai sous l'effet de la colère. C'en était trop, il n'était pas faire-play. Serrant mes doigts autour de ses cheveux, je tirai de toutes mes forces pour éloigner son visage du mien, en dépit de la douleur de ma main abîmée.
__Jacob me méprit. il était trop fort pour saisir ce que je cherchais à lui faire mal. Il confondit ma colère avec de la passion. Il crut que je répondrais enfin à son appel. Haletant de désir, il ramena ses lèvres sur les miennes, cependant que ses doigts trituraient mes hanches. Une nouvelle boufée de rage m'envahit, ravageant le peu de contrôle que j'essayais de garder sur moi. Sa réaction fougeuse acheva de miner mes meilleures réslutions. N'eût -il été que triomphant, j'aurais réussi à lui résister; mais son abandon absolu, son ivresse joyeuse me firent perdre toute raison. Je lui rendis son baiser avec une ardeur pour moi nouvelle - je n'avais pas besoins de me montrer prudente avec Jacob; quand à lui, il ne songeait même pas à me ménager.
__Mes doigts raffermirent leur prise autour de ses cheveux - pour l'attirer à moi, cette fois.
__Il était partout. Derrière mes paupières, le soleil rougeoya, couleur violente qui s'accordait à la chaleur de notre étreinte. Une brûlure qui était, elle aussi, partout. Je ne voyais, ne sentais, n'entendais plus rien qui ne fût Jacob. Le seul neurone qui me restait, entreprit de hurler des questions. Pourquoi ne mettais-je pas un terme à cela ? Pire, pourquoi ne désirais-je pas y mettre un terme ? Pour quelle raison n'vais-je pas envie que cela se termine? Pour quelle raison mes mains agrippaient-elles ses épaules, appréciaient-elles que ces dernières soient carrées et fortes? Pour quelle raison aimais-je tant que ses mains à lui me serrent trop fort, trop fort et pourtant pas assez pour me rassasier?
__Question idiote. La réponse était simple - je m'étais menti à moi-même.
__Jacob avait eu raison. Depuis le début. Il était plus que mon ami. Voilà pourquoi il m'était impossible de lui dire au revoir. Je l'aimais aussi. Je l'aimais d'amour. Je l'aimais plus qu'il n'aurait fallu, mais d'un amour hélas insuffisant pour changer quoi que ce soit, juste assez puissant pour nous blesser tous les deux. Pour le blesser comme jamais.
__Seule sa souffrance m'importait, cependant. Moi je méritais d'avoir mal. J'espérais même que j'aurais très mal.
__Nous ne faisions plus qu'un. Sa douleur avait toujours été et serait toujours la mienne; à présent, son bonheur était le mien aussi. J'étais heureuse, bien que son contentement fût teinté d'un chagrin presque tangible, qui m'irradiait la peau comme de l'acide lente torture.
__L'espace d'un bref instant, un chemin entièrement différent se déroula devant mes paupières baignées de larmes. Comme si je regardais à travers le filtre des pensées de Jacob, je vis ce à quoi j'allais renoncer. Je vis Charlie et Renée mêlés à Billy, Sam et La Push dans un étrange collage. Je vis les années qui passaient et me transformeraient. Je vis l'énorme loup aux reflets cuivrés que j'aimais, mon protecteur à vie. Durant une fraction de seconde, je vis les têtes de deux enfants noirs de cheveux qui me fuyaient pour se réfugier dans la forêt familière. Lorsqu'ils disparurent, ils emportèrent ma vision avec eux.
__Alors, je sentis mon coeur se fissurer en deux parts inégales, la plus petite s'arrachant à l'autre en provoquant une douleur atroce.
__Jacob interrompit notre baiser le premier. Ouvrant les yeux, je constatai qu'il me contemplait avec un émerveillement teinté d'exaltation.
- Je dois partir, murmura-t-il.
- Non.
__Il sourit, ravi par ma réponse.
- Je ne serais pas long. Mis chaque chose en son temps...
__Il se pencha pour m'embrasser derechef. À quoi bon lui résister? Cette fois, ce fut différent. Ses mains se firent douces sur ma peau, et ses lèvres tendres sur les miennes, et bizarrement hésitantes. Ce fut un baiser très bref et extrêmement voluptueux. Enroulant ses bras autour de moi, il me serra contre lui avant de chuchoter à mon oreille:
- Voilà qui aurait dû être notre premier baiser. Mieux vaut tard que jamais.
__Mes larmes roulèrent sur son torse, là où il ne pouvais les voir.